En ces temps tourmentés, je voudrais rendre hommage à notre armée et nos militaires. Ces femmes et hommes d'honneurs incarnent magnifiquement une certaine idée de la France, de ses valeurs, de sa grandeur. Ils sont dépositaires d'une partie de notre passé, et, quelque part aussi, garant de notre futur. Les Français, du reste, ont toujours un lien puissant avec leur armée. Lors de la dernière enquête du Cevipof, il apparait qu'en cette période tourmentée, les Français développent un sentiment de défiance vis à vis de toutes les institutions... mis à part l'armée. Ainsi, 74% des Français ont confiance dans l'armée. Nul doute qu'elle aura un rôle clé à jouer dans les années qui viennent...

Malheureusement, l'armée française a été la grande sacrifiée des budgets de ces dernières décennies. Sacrifiée d'abord parce qu'il est politiquement plus simple de s'en prendre à la « grande muette » . Mais sacrifiée aussi parce que le montant consenti à la dissuasion nucléaire (3,5 milliards d'euros) a été ? fort justement ? sanctuarisé. Si bien que ce sont toutes les autres composantes de la défense nationale qui ont pâti de ce choix stratégique.

Ces arbitrages se sont malheureusement traduits par une précarité et une vétusté dramatique de notre armement conventionnel. L'essentiel des blindés à roue de l'armée de terre, par exemple, a entre 30 et 40 ans d'âge et se trouve à bout de souffle. Leurs blindages ne résistent plus aux armes conventionnelles produites aujourd'hui.

Nos fleurons ne sont pas en reste. L'armée de l'air dispose par exemple d'une flotte d'avions Rafale ultramodernes et de haute technicité, mais n'a pas de moyens suffisants pour les entretenir. Si bien que la moitié de la flotte sert de pièces détachées à l'autre moitié ! Il en est de même pour nos équipements dernier cri tels que les chars Leclerc ou les hélicoptères Tigre...

Autre faiblesse, la France ne dispose pas d'appareils gros porteurs de fret. Du coup, nous devons compter sur d'autres puissances pour transporter nos hélicoptères de combat sur les théâtres d'opérations extérieures.

Enfin, notre défense nationale n'est plus en phase avec son époque. La cybersécurité ne représente par exemple que 0,2% du budget du ministère de la Défense. 75 modestes millions d'euros par an lorsque les Etats-Unis y consacrent 10 milliards de dollars et la Grande Bretagne 800 millions d'euros...

Il faut se rendre à l'évidence : un budget gelé à 31,4 milliards d'euros pour 2014, 2015 et 2016 est soit trop faible, soit trop élevé. En effet, soit l'on considère que la France doit demeurer un grand pays indépendant militairement, et influent diplomatiquement, et dans ce cas il faut augmenter ce budget d'au moins 10% (et au passage sortir du commandement intégré de l'Otan pour reprendre le contrôle de notre souveraineté militaire) et c'est évidemment dans cette hypothèse que je m'inscris. Soit l'on considère que la France peut s'en remettre à ses alliés et à l'Alliance atlantique, et dans ce cas ce budget devient largement surévalué !

Gardons sans cesse à l'esprit que nous évoluons dans un contexte international très tourmenté, et que le monde entier se réarme. La Russie a ainsi décidé d'augmenter son budget militaire de 44% sur trois ans. La Chine aussi investit massivement dans sa défense nationale, au point que son budget militaire dépasse désormais celui de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne réunis ! Mais les pays d'Europe, au premier rang desquels la France, ont pris le parti d'abandonner leurs armées, au risque de devenir dépendants de l'Alliance atlantique. Une facilité à courte vue, une lâcheté silencieuse, une erreur géopolitique...

Ayons en tête que l'armée, surtout en période de paix, est un élément essentiel de souveraineté nationale. La grandeur n'existe pas sans l'influence, l'influence n'existe pas sans diplomatie, et la diplomatie n'existe pas sans une armée efficace. Ainsi va le monde, et le nier revient à accepter notre déclassement.

Vive l'Armée française, vive la République, et vive la France !

Rafik Smati

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